Assemblée Générale Porélia : conclusion de Morgane Rannou

À l’heure où la souveraineté alimentaire redevient un enjeu vital pour notre pays, notre métier d’éleveur de porcs devrait attirer, inspirer, donner envie. Pourtant, chaque départ à la retraite est difficile à remplacer, et les volumes en viande porcine restés stables jusqu’à présent baissent au point de menacer notre autosuffisance. Nous devons regarder cette réalité en face et y répondre ensemble.

Nous subissons des pressions multiples.

  • Pression économique : la FPA en Espagne a bouleversé les flux mondiaux, pesant sur les prix européens. À l’échelle régionale, les mouvements d’éleveurs à la recherche de plus de liberté impactent la dynamique des enchères hebdomadaires. En effet, leurs porcs sont majoritairement orientés en direct vers certains abatteurs qui ont ainsi réduit leur dépendance vis-à-vis du Marché du Porc Français. Enfin, la hausse continue des charges, notamment alimentaires, dans un contexte géopolitique incertain, fragilise nos marges.
  • Pression administrative : l’inflation de normes et de contraintes, la complexification des procédures, les interprétations restrictives, la lenteur d’instruction, transforment chaque investissement en parcours du combattant.
  • Pression sociétale et juridique : une minorité veut imposer une vision caricaturale de notre métier et de nos élevages. Leurs recours, très fréquents, contre les projets autorisés font peser une forte pression mentale sur les producteurs, ce qui décourage l’initiative et fait avorter des projets.

Et pourtant, comme Sébastien, Alexis, David et tant d’autres, nous restons convaincus de la noblesse de notre travail. Nous avons des raisons d’être optimistes et de le dire haut et fort.

  1. Nous faisons un métier digne et complet : Nous sommes à la fois éleveurs, agriculteurs, producteurs d’énergie, logisticiens, électriciens, négociateurs. Aucune journée ne ressemble à la précédente. Surtout, nous nourrissons nos voisins, les Français. C’est une fierté légitime.
  2. Nous disposons d’une demande bien orientée : la consommation française de viande porcine progresse. Notre défi est simple : capter cette croissance pour que la valeur ajoutée reste en France au sein de nos entreprises et de celles de la filière. Produire en France, c’est garantir qualité, sécurité sanitaire, traçabilité et répondre aux attentes des consommateurs. Le logo Le Porc Français n’est pas qu’un autocollant : c’est un engagement de filière pour une viande de qualité à un prix abordable, des emplois et des revenus dans nos territoires.
  3. Nous avons démontré une capacité d’adaptation :

– Quand il a fallu nourrir la France, nos prédécesseurs l’ont fait et nous avons atteint l’autosuffisance.

– Quand il a fallu améliorer la qualité de l’eau et l’environnement, nous l’avons fait et nous poursuivons nos actions : baisse des nitrates, maîtrise des émissions d’ammoniac dans l’air, progrès concrets et mesurables.

– Quand il a fallu répondre au bien-être animal, nous l’avons fait : investissements, formations, nouvelles pratiques.

Ce qui nous a permis de franchir ces caps, ce n’est pas l’isolement, c’est le collectif, la mise en commun de nos difficultés et le consensus sur les actions à mener.

Nous avons bâti des organisations de producteurs pour vendre nos porcs, mutualiser les moyens, apporter une expertise technique au service de tous les éleveurs pour moderniser nos élevages et rester compétitifs.

Avec nos partenaires abatteurs, nous avons créé des outils performants :

– Le Marché du Porc Français, pour une formation de prix transparente et équitable pour tous les acteurs.

– Uniporc, pour que 1 kg pèse vraiment 1 000 grammes — la confiance, ça commence par la mesure.

Avec 7 autres Organisations de Productions, nous avons créé Le Cochon de Bretagne, seule marque appartenant aux producteurs.

Et, nous avons porté notre voix au sein de l’UGPVB, de l’AOP, du CRP, qui nous représentent dans les instances où se décident nos conditions d’exercice.

Cette stratégie a préservé un atout rare en Europe : être des éleveurs propriétaires de leurs animaux et de leurs élevages, libres de choisir leurs fournisseurs comme leurs clients. Cette liberté n’est pas un acquis éternel : c’est un bien commun à protéger. Cette prise de conscience est essentielle pour l’avenir de notre filière aujourd’hui fragilisée par des comportements opportunistes. Nous le savons, nos détracteurs aussi, et ils en profitent.

Chaque acte individuel oriente le destin du collectif.

Alors, posons-nous la seule question qui vaille : est-ce que la stratégie du chacun pour soi à tous les niveaux est bonne pour les éleveurs, tous les éleveurs ?

Ne laissons pas des visions court-termismes détruire ce qui fait notre force. La négociation de quelques centimes à titre individuel ou organisationnel, la non-application des grilles de paiement, la remise en cause des règles partagées : tout cela nous affaiblit, les plus petits d’abord, puis les autres. À la fin, nous perdrons tout : le prix, le pouvoir de négociation, la liberté.

 

Prenons de la hauteur et construisons maintenant le métier de demain :

  • Un métier avec des exploitations familiales, à taille humaine, insérées socialement.
  • Un métier où chacun choisit ses modes de production librement et responsablement en restant indépendant financièrement de ses clients et fournisseurs.
  • Un métier où la rémunération est à la hauteur des investissements humains et financiers.
  • Un métier où nous retrouvons du temps de vie, parce que la performance durable suppose des femmes et des hommes qui tiennent dans la durée.

Comment y parvenir ? Par une stratégie commune, claire et exigeante :

  • Pour défendre nos organisations actuelles, croire ne suffit pas, il faut aussi participer. Chaque éleveur de porcs devrait être capable de vendre au moins un lot au MPF chaque année.
  • Remettre au centre des décisions commerciales l’intérêt des éleveurs avant celui des organisations, comme nous savons le faire sur des sujets tels que l’environnement
  • Appliquer rigoureusement les grilles de paiement et les règles validées au sein des différentes organisations collectives : l’équité, c’est la base de la confiance.
  • Mettre en avant Le Porc Français et nos preuves de progrès : environnement, bien-être, traçabilité, pour reconquérir la valeur sur le marché intérieur.
  • Continuer d’investir dans l’innovation utile : énergie, IA, précision d’élevage, formation humaine
  • Parler d’une seule voix auprès des pouvoirs publics : obtenir des délais d’instruction maîtrisés, des règles lisibles et applicables, et la sécurité nécessaire à l’investissement.

Nous savons faire. Nous l’avons déjà prouvé. C’est ce qui nous a tenu, c’est ce qui nous tiendra encore : la fierté du métier, la rigueur des faits, la solidarité professionnelle, la parole donnée et tenue.

Je terminerai par un engagement et un appel.

Mon engagement : défendre un modèle où l’éleveur reste libre, indépendant, propriétaire et fier. Un modèle où la valeur revient d’abord à celles et ceux qui nourrissent le pays.

Mon appel : restons unis. Refusons la tentation des centimes isolés ou des marges arrières. Faisons respecter les règles partagées et nos grilles de paiement. Choisissons la stratégie qui sert les éleveurs — tous les éleveurs, quelle que soit leur taille d’exploitation ou leur localisation. C’est ainsi que nous protégerons notre liberté, consoliderons nos revenus, et assurerons, pour la France, une souveraineté porcine durable.

Ensemble, nous l’avons fait. Ensemble, nous le referons. Pour nos élevages, pour nos territoires, pour nos générations futures.

Merci.

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